Le ministère a publié et présenté les résultats des évaluations nationales à la rentrée 2025. La stabilité globale des résultats et la mise en avant de la réduction d’écarts affichée sur quelques compétences à la marge masque une réalité toute autre, que met en lumière l’analyse des résultats des élèves à l’entrée en 6ème. Si les scores de fluence augmentent d’environ 3 points, la compréhension de l’écrit chute de 7 à 8 points. Un bilan s’impose.

Fluence et compréhension de l’écrit

Dans son communiqué de presse, le ministère indique que «depuis la mise en œuvre des tests de fluence en 6ème, les performances s’améliorent continûment : en 2021, 53 % des élèves atteignaient l’attendu de 120 mots ; ils sont 61,3 % en 2025 » avec « une amélioration qui concerne tous les secteurs de scolarisation ». Effectivement, en 3 ans le pourcentage d’élèves ayant des résultats “satisfaisants” augmente : HEP (hors éducation prioritaire) augmente de 3,4 points ; REP+ augmente de 2,7 points [les données de la DEPP ne sont pas disponibles par item avant 2023, ne sont publiques que les données agrégées].

Mais ce que le ministère a choisi de masquer : c’est le fait qu’en parallèle, les résultats des élèves en 6ème, en compréhension de l’écrit, chutent dans tous les secteurs de scolarisation : le pourcentage d’élèves ayant des résultats “satisfaisants” baisse de 8 points hors EP, et de 7,2 points en REP+ en 3 ans (les écarts entre HEP et REP+ demeurant toujours aussi élevés, avec 20,5 points de différence pour le % d’élèves en réussite).

Cette évolution « inversée » entre fluence et compréhension de l’écrit confirme notre analyse : non seulement l’entraînement à l’oralisation la plus rapide possible, avec mesure au chronomètre, introduite en 2018 sous le ministère Blanquer, par ces évaluations, est inutile pour construire les compétences de lecture. Mais en plus cette pratique s’avère délétère, puisqu’elle fait obstacle à la finalité de compréhension en lecture, ce qui est très grave.

La pratique de la « fluence », d’abord introduite dans les classes allégées puis généralisée à l’ensemble des niveaux, et corrélée aux évaluations standardisées, est emblématique du pilotage par les évaluations que la FSU-SNUipp dénonce.

Inégalités sociales 

Alors que le système scolaire français est connu pour l’ampleur de ses inégalités scolaires corrélées aux inégalités sociales, les évaluations permettent de constater quelques progrès sur des compétences ciblées, le maintien des inégalités se situant particulièrement sur les compétences complexes. Ainsi, en CM2, les écarts les plus importants entre Hors Éducation Prioritaire et REP+ portent, en français, sur « comprendre un texte lu seul(e) » (18,9 points d’écart en REP et 25,3 points d’écart en REP+ par rapport au HEP). Les écarts les plus importants en mathématiques portent sur « résoudre des problèmes » (18,4 points d’écart en REP et 24,3 points d’écart en REP+ par rapport au HEP).

Inégalités genrées

Autre point saillant mis en évidence dans les résultats aux évaluations nationales 2025 : la persistance des inégalités genrées à l’école primaire.

Le rapport de la DEPP note que « [les écarts de taux de maîtrise] sont toujours en faveur des filles en français, du CP au CM2. En mathématiques, ils sont en faveur des filles en début de CP puis en faveur des garçons à partir du début de CE1 ».

Effectivement, en CP, en français, les écarts diminuent mais restent en faveur des filles. Ils se situent entre 1,6 et 6,2 points. En mathématiques, ils sont aussi en faveur des filles mais de façon beaucoup moins marquée se situant entre -0,8 et 3,2 points. Mais cette situation évolue dès le CE1 en mathématiques en défaveur des filles, puis perdure tout au long de la scolarité.

Ce constat est régulier depuis 2018. Pour autant, le ministère ne prévoit toujours pas les moyens nécessaires afin de réduire ces inégalités, que la mise en œuvre des nouveaux programmes risque encore d’accentuer. Le plan filles et maths, que la FSU-SNUipp estime nécessaire, n’est pour le moment qu’un effet d’annonce car il n’est accompagné d’aucune dotation supplémentaire pour former les enseignant·es et leur permettre de faire évoluer leurs pratiques d’enseignement. Les formations, ne pouvant se limiter à des ressources de sensibilisation, doivent être menées par des formatrices et formateurs eux-mêmes formé-es, et non attribuées aux directeurs·trices des écoles.

Analyse plus détaillée des résultats

educ_04_12_25_analyse_resultats_evaluations_nationales_novembre_25

Des pistes de réflexions

Il est urgent d’abandonner les évaluations nationales, pierre angulaire du pilotage du système éducatif depuis 2018 qui aggrave les inégalités scolaires, notamment en appauvrissant les savoirs émancipateurs, ce qui impacte davantage les élèves des classes populaires. Il est urgent de redonner du souffle à l’ensemble des enseignements dans le 1er degré.