En marge de la visite du ministre de l’Education Nationale Edouard Geffray à Châtellerault pour le lancement de la labellisation Collège en progrès”, la FSU 86 a sollicité et obtenu une audience avec un représentant du cabinet du ministre. Notre délégation a été reçue par Jean-Baptiste ROTA, conseiller du ministre aux affaires pédagogiques. Il était accompagné de la Dasen 86, Nathalie ALCINDOR. 

Cette audience a été l’occasion d’aborder des questions liées au premier et au second degré mais aussi à la formation des enseignant-es. 

Retrouvez les interventions complètes en bas de cet article. 

Premier degré

Pour le premier degré, la FSU-SNUipp 86 a abordé : 

  • les conditions de travail des personnels 
  • les nombreux Registres Santé et Sécurité au travail dans le département
  • l’école inclusive
  • la baisse démographique et les mesures de carte scolaire portées par la Dasen 86
  • le dispositif Plus De Maître Que De Classes

La FSU-SNUipp 86 a directement interpellé le conseiller du ministre à travers 2 questions : 

  • Face à l’urgence, quels dispositifs sont proposés par le ministère pour répondre à la souffrance de ses personnels ? Quelle est votre politique en matière de prévention de la santé et de la sécurité au travail ?
  • Pourquoi le ministère ne permet pas aujourd’hui l’implantation de dispositifs du type PDMQDC dans les écoles ?

Le conseiller du ministre a répondu dans les grandes lignes sur les points principaux, en précisant que ses réponses tiendraient davantage des lignes politiques que de points techniques. 

Il partage l’analyse de la FSU-SNUipp 86 sur les conditions de travail des personnels, sur ce “ressenti” exposé dans les RSST. Il assure que c’est une vraie préoccupation pour le ministre et une vraie ligne sur laquelle œuvrer. Il affirme que le ministre est attentif au bien-être des enseignant-es, qu’il souhaite pouvoir restaurer la “fierté à enseigner” et “sanctuariser dans nos murs la mission d’enseignement”. Le conseiller du ministre estime que c’est par l’intervention sur la position sociale des enseignant-es que le climat scolaire sera apaisé.

Pour la FSU-SNUipp 86, il est urgent d’agir sur les conditions de travail des personnels et la “littérature” du gouvernement n’y changera rien. C’est par une politique éducative ambitieuse qu’il faut agir : effectifs réduits, équipes pluri-disciplinaires, personnels spécialisés, véritable formation continuée, l’école a besoin d’actes et pas de beaux discours sur une image d’épinal. 

Ecole inclusive : selon M. Rota, une très petite minorité de nos élèves ne serait pas bien pris en charge dans les dispositifs correspondants. Il affirme que l’école ne pourra pas assurer là où le médico-social n’agit pas. 

La FSU-SNUipp 86 refuse ce discours qui permet au MEN de se dédouaner. 

Carte scolaire : le conseiller et la Dasen ont rappelé que si 100% de la baisse démographique avait été appliquée au 86, nous aurions dû perdre -44 et non pas -29. C’est en cela que selon eux, le ministère a fait le choix de préserver le premier degré.     

La FSU-SNUIpp 86 a rappelé qu’un autre projet est possible. La baisse démographique n’est pas une fatalité. Elle nous oblige à repenser le maillage territorial et ce qu’est faire école aujourd’hui. Elle ne peut pas se résumer à des fermetures systématiques dans le rural. C’est ce que porteront, entre autre, vos élu-es en CSA ce lundi. 

 

Les interventions

Premier degré

Apolline Letowski, co-secrétaire départementale de la FSU-SNUipp 86 

Pour évoquer les problématiques locales du 1er degré, parlons d’un outil que nous avons en commun : le registre santé et sécurité au travail. Sur 24 jours de classes dans le 86, 42 RSST concernaient en ce début d’année des faits de violences physiques d’élèves sur personnels. 92% des RSST depuis septembre sont relatifs à des Risques Psycho Sociaux. Localement on nous répond que l’outil est dévoyé. Sans aucun doute il ne joue plus son rôle de prévention mais il est le thermomètre de conditions de travail profondément dégradées. Face à l’urgence, quels dispositifs sont proposés par le ministère pour répondre à la souffrance de ses personnels ? Quelle est votre politique en matière de prévention de la santé et de la sécurité au travail ? 

La FSU-SNUipp 86 refuse le discours ambiant qui tendrait à faire de ces RSST l’aveu d’une prétendue défaillance individuelle, elle refuse l’approche de certains de nos supérieurs qui tendent à individualiser les difficultés tout en poursuivant injonctions, contrôle des pratiques et demandes hors sol.  

 

Face aux violences c’est de la responsabilité de l’employeur d’agir et pourtant, les mesures proposées par la Dasen sont à contre courant : 3 propositions de fermetures en éducation prioritaire, pas de création de postes de remplaçant-es, la suppression de 3,5 moyens dédiés à des dispositifs au service de l’école inclusive.

Nous ne comprenons pas que les moyens pour financer les 4 PAS doivent passer par la suppression de dispositifs qui ne répondent pas aux besoins des mêmes élèves. Pour penser l’école inclusive il faut être ambitieux. Nous vous demandons aujourd’hui de répondre à l’urgence en créant des Plus De Maître Que De Classe. Le PDMQDC, en tant que personnel en surnombre, doit retrouver sa place : celle d’un levier essentiel pour accompagner les équipes et répondre à des situations qui ne peuvent plus être prises en charge par des personnels isolé-es dans leur classe. Pourquoi le ministère ne permet pas aujourd’hui l’implantation de ce type de dispositifs dans les écoles ? La baisse démographique est une vraie opportunité pour répondre aux exigences de ce qu’est faire école aujourd’hui, mais nous ne ferons pas mieux avec moins c’est une certitude.

Second degré

Sans développer outre mesure des questions portées par nos représentants au niveau national, permettez nous d’insister sur l’urgence de la revalorisation immédiate et sans condition des rémunérations des personnels : dans une académie rurale où les postes partagés sont nombreux, le cout du transport pèse lourd sur le budget des ménages. Et ce n’est qu’un exemple bien sûr. La question de la revalorisation passe aussi par la question carrière avec une urgence à revoir les modalités d’accès à la classe exceptionnelle ( possibilités de promotion, barème etc.). Nous sommes dans une académie où la population enseignante arrive à ce stade de la carrière où plus aucune perspective de revalorisation n’est offerte et donc le sentiment de ne pas être payé.e à la hauteur de ce qui est fait est grand.

Une alerte : le refus quasi systématique de notre secrétaire général de reconnaître l’imputabilité au service de certains arrêts de travail dont les médecins  des agent.es disent en lien avec le travail.

Nous sommes en période de préparation de rentrée. Or notre académie subit cette année encore un retrait conséquent d’emplois à hauteur de 106 ( 96 + 10 au titre des HSA) . Encore, parce que les retraits  ont été marqués déjà en 2024 et 2025 . Nous sommes considérés comme sur-dotés. L’argument avancé est celui de la baisse démographique, indéniable mais il n’en demeure pas moins que pour les enseignant.es et les élèves, ce qui s’annonce ce sont des classes en collèges à 29/ 30 élèves et 35 en lycées et l’impossibilité d’accompagner comme il se doit la difficulté scolaire marquée dans certains territoires.

Un autre argument avancé est celui de la ruralité et de la densité du réseau de nos petits collèges. A la FSU nous sommes attachés à ce maillage qui assure la présence du service public et combat la ségrégation dont le réseau privé est régulièrement coupable.

Aussi deux interrogations :

– quel projet pour la ruralité et avec quels moyens ?

– quels moyens pour les collègues parfois condamnés à des compléments de service sur deux établissements par une logique impitoyable des heures supplémentaires ?

Une deuxième question au sujet des collèges retenus au titre du dispositif «  collèges en progrès » : en progrès avec quoi, quels moyens là encore ?  Nous tenons à vous alerter sur la colère que suscitent actuellement les visites d’IPR ou autres dans ces EPLE.

Les collèges retenus par M le Recteur et les Dasen subissent pour la quasi totalité des retraits importants de DGH : on pense bien sûr au collège de Buxerolles ( -48,5h) au collège de La Couronne ( – 42h) , au collège de la Mothe St Héray ( – 38h) au collège de Gémozac ( -19h) , au collège Saint Jean de Sauves ( -13h) etc. Sur ces 10 collèges , 1 seul « gagne » 4h.

Alors on nous rétorquera que ces collèges perdent parfois 1 classe : c’est le cas du collège de La Couronne dont 3 niveaux /4 flirtent avec les 27 élèves l’an prochain !

On parle d’accompagnement des équipes quand les équipes y voient une mise en cause de leur expertise ( parfois très mal vécue) mais surtout, dites nous comment faire mieux avec toujours moins ?  

Formation des enseignant-es 

Sur le plan national, les mêmes signaux remontent : maillage territorial incomplet, accueil des non‑lauréat·es très incertain, tensions fortes sur les équipes et sur l’organisation des formations. 

À Poitiers, par exemple

  • il est prévu d’ouvrir le master MEE aux non lauréats, mais les capacités d’accueil ont été réduites, pour être calées sur le nombre de postes estimé (autant que possible…), il est donc probable que très peu de places seront réellement proposées aux non lauréats (estimation de 5 sur 40 en PE, en EPS 55 places ouvrent en tout, pour 90 étudiants actuellement en L3 Education motricité). Comment peut-on assumer que des étudiants qui souhaitent devenir enseignants et échouent au concours soient laissés sans solution de repréparation au concours et de poursuite d’étude dans l’enseignement public ? Comment est-ce que c’est pensé du point de vue du MEN, qui a pourtant bien besoin d’un vivier de candidats bien préparés pour les concours ?
  • sur l’académie, le rectorat prévoit de placer les lauréats PE mi-temps en binôme dans les classes ; cela double le nombre d’heures de formation à assurer et l’université dit ne pas pouvoir assumer ce coût. La piste envisagée est une mutualisation des publics mi-temps (qui n’ont ni les mêmes besoins ni les mêmes maquettes) de deux départements (16-86 et 79-17). Concrètement, un lauréat stagiaire mi-temps, en classe la moitié de la semaine à Châtellerault, qui peut habiter loin dans le département, fera son autre moitié de semaine en formation à Poitiers (à 40 km de son lieu de travail) au premier semestre, mais pour le deuxième semestre, il ira à Angoulême (150 km de son lieu de travail). On imagine la fatigue, le coût, la multiplication des formateurs… Est-ce le modèle de formation souhaité ? 
  • Sur la question des équipes plurielles, je voudrais juste rappeler que formuler des injonctions, ce n’est pas construire un cadrage. En réalité, les conditions et moyens pour que les équipes plurielles puissent réellement fonctionner (formation, temps de concertation, valorisation des interventions, moyens pour la co-intervention…), et assurer une formation universitaire de qualité sont aussi un point aveugle de la réforme. Dans ce contexte, les équipes actuellement en charge de la formation sont très fragilisées. Est-ce l’objectif ?

Université et INSPE font des efforts, pour ouvrir une LPE sur chaque département de l’académie par exemple. Mais ces efforts ont un coût : ils se font au détriment des conditions de formation des étudiants et stagiaires, et dégradent aussi les conditions de travail des formateurs. Voilà ce que donne une réforme qui se met en place à moyens constants.